1.11.04

3ème séance

séance du 28/10/04

"et la terre est à toi, comme un champ dont on a masqué l'étendue"

Pour la première fois dans la grande salle (verrière, plus étroite que celle des deux premières séances) qui sert aux compagnies en résidence ; tapis de danse noir, un miroir dans chaque largeur, des vêtements sur les barres d'exercice, des paquets de gâteaux, des bouteilles d'eau. Je porte un pantalon en velours usé caramel et le tisheurte troué de cédric. J'ai apporté les silver sessions de sonic youth, je mets la première chanson en boucle. La caméra cadre la salle dans sa longueur, le miroir est en biais.

Je dis ce que je fais, je décris pendant un moment ce que je fais, je travaille deux gestes puis les enchaîne puis les retrouve plus tard dans une impro : 1) le corps droit les bras le long une main monte à la verticale comme un haricot et tire le bras qui tire l'épaule qui tire le corps et le lève sur la pointe des pieds ; l'épaule opposée relâchée ; le bras levé est tenu par le poignet la main est souple ; le bras redescend la main qui passe dans le dos au niveau de la hanche et remonte pour se placer entre les omoplates paume vers l'extérieur doigts écartés les talons toujours soulevés du sol ; la main redescend et range le bras le long du corps les talons redescendent ; l'autre bras prend la suite. 2) le corps droit les bras le long les jambes légèrement fléchies la main tendue tranchante paume vers le bas tend le bras dans le prolongement de l'épaule ; la main tendue tranchante paume vers le bas vient se placer devant le visage au niveau des yeux en coupant lentement l'air dans un geste circulaire.
J'ai arrêté la musique alors que je travaillais le premier geste. J'ai roulé par terre, j'ai roulé comme une boule et comme un tube, je me suis allongé sur le dos, j'ai essayé de me retourner comme une crêpe, c'était douloureux et raté. J'ai hésité entre plusieurs choses à faire. J'ai déplacé la caméra au centre de la salle pour réduire mon champ d'action. Je n'ai pas été satisfait. J'ai déplacé la caméra sur le côté gauche de la salle. J'ai encore travaillé les deux nouveaux gestes et revu un peu celui de l'arpenteur debout (1ère séance).
Je me suis laissé prendre par une longue impro sautillante dans laquelle j'ai décrit un cercle devant la caméra les jambes et les bras arrondis comme chose naturelle — une position que je prends souvent et que j'ai retrouvé dans des documents sur le buto : la position du calciné d'hiroshima revenu d'entre les morts — une position de diformation et de vieux cheval et d'enfant. À un moment, cette ronde a pris l'aspect de la course du goéland qui prend son élan puis sont apparus les gestes travaillés plus tôt et les roulades cette fois-ci plus souples, plus liantes, se transforment en culbuto bancal qui me ramène au calciné, maintenant pétrifié, sur le rond du dos les jambes et les bras recroquevillés ouverts doigts crispés petit à petit le balancement reprend s'anime et permet de se relever. J'avais remis la musique, la même chanson en boucle qu'au début. J'ai terminé debout immobile.
Suite à la séance, je me dis (et je note) : de la patience / cette aventure ne semble pour l'instant ne pouvoir produire qu'une suite de performances à saucissonner pour en faire une chorégraphie. Le lendemain je me dis je tourne comme un ours en cage. Le lendemain je me dis je tourne comme un ours en cage.
Je me secoue, je me remue, je "vis mon corps" (ou tout autre énoncé d'atelier de merde) et mes gestes se perdent dans le néant. Comment en profiter ? Comment en profiter et en faire une chose, une molécule ? J'ai trois espaces : un fixe mais multiple (la salle) qui en contient un modulable (le champ de la caméra) et un mobile (mon envergure — mes bras, mes jambes). Chaque geste que j'exécute se fait dans ces trois espaces, ne peut sortir de la salle, peut échapper au champ de la caméra, est circonscrit à mon envergure (ou pas ?). Chaque geste que j'exécute traverse ou relie ou isole ces espaces. Chaque geste que j'exécute participe à des degrés différents de ces espaces. Ces espaces pourraient-ils être mes aunes ? Des gestes à l'aune (aux aunes) de ces espaces ? Il y a de la rotation d'atomes, il y a de la cosmographie. Il y a un arbre à feuilles alternes, décidues, à sommet obtus presque échancré d'un vert profond donnant de petits fruits à écaille appelé aulne.
Reste le temps. Le temps de chaque geste le singularise : la combinaison espace/temps.
Reste l'exécution.
"La danse c'est la tension". Où puis-je, moi domestique danseur (I dance myself when I was eight), trouver, utiliser, restituer cette tension ? De quoi est faite mon exécution ? Les plages d'impro (un geste en tire un autre) sont faciles et relâchent souvent la_t_tension. La derniére m'a permis d'utiliser des gestes élaborés dans des moments plus studieux.
Je peux avoir des gestes, des espaces, des durées (des temps).
Pour dire quoi ?
Raconter!
Je tourne en cage, comme un ours en cage comme un lion au bout d'une longe un lion en cage un cheval au bout d'une longe. Si je veux sortir la longe s'allonge, la cage s'agrandit : longe et cage sont horizon. Il faut oublier la cage. Si le poisson est partout dans la mare, la cage elle n'existe pas. Mathématique! Parce que la cage est un obstacle, je présuppose qu'elle n'existe pas : je ne suis pas limité par mes espaces, car mes espaces sont partout dans la mare.
Bien.
Qu'y ferais-je ?
Ma première idée (spontanéité!) est de continuer à arpenter chaque courbe, chaque couche, chaque tranche horizontale ou verticale de ces espaces, en établir la carte volumétrique (modélisation 3d, powerpoint, communication à Lancet) : heu! dessiner un volume! beurk!
Dessiner le volume de moi dans ce volume qui serait moi ?
MOIDANSCEVOLUMEQUIESTCEVOLUME=MACIRCONFÉRENCE ("celui qui produit le pain n'est-il pas le pain lui-même ?")
Encore prisonnier! mais au moins arpenter ma circonférence et les indigènes doivent y parler une langue que je peux apprendre.

dans Tête d'Or de Claudel, le désir vs la chimère + "je vivrais dans l'herbe comme un bœuf". Danser et l'herbe et le bœuf et le bœuf dans l'herbe.

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